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9 Oct 2026

Réemploi :
un bilan contrasté face a des limites opérationnelles persistantes

réemploi des emballages

Le réemploi occupe une place croissante dans les textes et les projets réglementaires, mais son entrée dans le quotidien des Français reste, elle, nettement plus laborieuse. Les études et expérimentations récentes mettent en évidence plusieurs freins majeurs : complexité du geste de retour, lourdeur logistique, adhésion encore limitée des consommateurs. Ces constats illustrent le décalage entre l’intention du législateur et la vie quotidienne des Français. Ils interrogent aussi sur l’équilibre à trouver entre réemploi et recyclage et sur le coût supporté par les entreprises pour le financement d’une filière qui ne parvient pas à émerger.

Un bilan d’étape controversé

Citeo a présenté avant l’été un bilan de sa démarche ReUse. Une publication qui faisait suite à une étude critique présentée par Zero Waste France peu de temps auparavant. L’éco-organisme indique ainsi que, après un an d’expérimentation, 518 000 produits ont été vendus dans le cadre du dispositif. Peut-être de quoi en tirer des enseignements, mais ramené aux 110 milliards d’unités de vente écoulées chaque année, ce volume représente à peine l’équivalent d’une minute de ventes de produits de grande consommation.

Un volume singulièrement faible, auquel s’ajoute un taux de retour moyen de seulement 24%. Dit autrement, sur le faible nombre de produits vendus dans le cadre d’une expérimentation sur le réemploi, les ¾ n’ont pas été retournés par le consommateur… et n’ont donc pas été réemployés. Ce dernier, manifestement, n’a pas encore intégré le retour de son emballage vide à la liste déjà bien fournie des petites obligations du quotidien.

Des leviers qui sont plutôt des freins ?

Ce constat de terrain complète l’analyse faite par Revipac, il y a quelques mois, d’une étude NielsenIQ réalisée pour le compte du Réseau Vrac & Réemploi. Les leviers de progrès mis en avant semblent en réalité constituer des points de blocage, lorsqu’ils sont confrontés aux pratiques quotidiennes.

Le geste de retour suppose de conserver l’emballage, de le rapporter et parfois de le rincer. Pris séparément, aucun de ces gestes ne paraît insurmontable. Additionnés aux contraintes ordinaires des courses, ils deviennent une véritable charge mentale supplémentaire. D’un point de vue industriel, la logistique retour, qui nécessite des infrastructures spécifiques et des opérations supplémentaires, s’avère également difficile à organiser et peut réduire l’efficacité environnementale du dispositif.

Un enjeu central : l’intégration dans les usages quotidiens

Ces exemples montrent que le consommateur accepte d’autant mieux le réemploi qu’il ne complique ni ses courses ni son organisation quotidienne. Or les systèmes actuels exigent une participation active et une organisation logistique qui dépassent souvent les habitudes quotidiennes. Le réemploi fonctionne dans des contextes captifs, professionnels ou très organisés, mais reste difficile à généraliser dans la consommation diffuse. La grande distribution s’est développée autour d’une promesse simple : faire gagner du temps au consommateur, fluidifier son parcours et limiter les contraintes. Le réemploi introduit mécaniquement une logique inverse, en ajoutant au geste d’achat un geste de retour et toute l’organisation qui l’accompagne.

Des bénéfices environnementaux soumis à des conditions strictes

Les études montrent également que les bénéfices environnementaux du réemploi ne sont pas automatiques. Ils dépendent de conditions précises : des taux de retour élevés, des distances de transport limitées, des cycles de réutilisation nombreux et une logistique optimisée. Lorsque ces paramètres ne sont pas réunis, le bilan environnemental du réemploi devient incertain.

Dès lors la fixation d’objectifs génériques pose nécessairement la question de leur réalisme. Or, ces choix ont un coût : les entreprises sont amenées à financer de manière obligatoire et artificielle des schémas de réemploi qui peinent à atteindre une maturité industrielle. Des dizaines de millions d’euros sont ainsi injectés dans un écosystème d’entreprises dont certaines disparaissent après seulement quelques années d’activité, comme l’illustrent la fin d’Uzaje ou de Hipli. Le volontarisme réglementaire peut créer un marché ; il ne suffit manifestement pas toujours à créer un modèle économique pérenne, indépendant de financements forcés.

Réemploi et recyclage : deux logiques différentes

Ces enseignements permettent de situer le réemploi par rapport au recyclage. Le réemploi repose sur un geste actif, une participation volontaire et une logistique dédiée, dont l’efficacité dépend fortement des conditions d’usage. Le second s’appuie sur un geste désormais largement intégré par les citoyens et sur des filières matures capables de traiter des volumes correspondant à la consommation des français, dans des contextes variés.

L’expérience du citoyen est alors cohérente avec ses habitudes de consommation : pouvoir placer un emballage à usage unique, quel qu’il soit, dans le bac de recyclage de son logement limite les contraintes et favorise mécaniquement la participation. À l’inverse, multiplier les lieux de retour, les consignes spécifiques, les dispositifs selon les produits ou les matériaux revient à demander au consommateur de tenir mentalement une comptabilité supplémentaire en plus de sa liste de course. Or son quotidien est déjà accaparé par bien d’autres préoccupations. À force de vouloir perfectionner son geste environnemental, on risque tout simplement de le décourager. Le mieux – à supposer que le réemploi soit systématiquement meilleur sur le plan environnemental, ce qui reste précisément à démontrer selon les situations – peut alors effectivement devenir l’ennemi du bien.

Dans ce contexte, la volonté des pouvoirs publics de faire émerger à marche forcée des schémas de collecte alternatifs risque de fragiliser des pratiques qui fonctionnent déjà, sans garantir pour autant le succès des nouvelles. L’écologie pourrait alors perdre sur les deux tableaux : complexifier le geste du citoyen tout en mobilisant des moyens considérables pour des dispositifs inadaptés à ses attentes.

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